Une virée dans le Saloum à la voile

Une virée dans le Saloum à la voile

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 Voila le récit de voyage d’une escapade en voilier dans le Saloum par Stan et Yann et leur Kaneka

 

 


Une fois les papiers en poche, nous voilà donc tous partis (les « Kanekistes » c’est-à-dire les habitants de Kaneka Stan et moi, accompagnés des « beaux-verdiens » qui habitent une barcasse toute verte…donc Stéph et Blandine plus leur Bateau-stoppeuse, Olivia !) direction le delta du Sine Saloum. Pour déterminer l’heure exacte de notre départ du CVD (de Club de Voile Dakar), nous avons procédé à de savants calculs tenant compte à la fois de la météo, mais aussi des marées (puisqu’il faut arriver à un instant précis pour la passe de Djifer qui ouvre aux eaux calmes du fleuve), des pirogues qui ont une fâcheuse tendance à pêcher la nuit et à mettre des filets flottants juste sous notre nez etc … 




Attention aux marée sur la passe de Djiffer

Bref, après s’être trituré les méninges, on ne savait plus ce qui était le mieux, certains conseillant de partir absolument à telle heure,d’autres argumentant que ça n’a absolument aucune importance puisque cette passe de Djifer, on peut la prendre quand bon vous semble, il y a toujours assez d’eau, l’important étant de frôler la plage au niveau de la pointe et de ne pas chatouiller les « brisants » qui jouxtent le calme, juste là derrière… Finalement nous avons opté pour un départ le soir, profitant simplement d’une avant-dernière navigation de nuit pour ce voyage et de causettes nocturnes avec nos beaux-verdiens via la VHF.

 

Rien de spécial à raconter sur cette nuit qui fût paisible, mer belle, brise nonchalante, pirogues furtives  et musique sur les oreilles… Bratsch, les Ogres de Barback et un peu de Beatles, Hey Jude !

En milieu d’après midi le lendemain nous arrivions en vue de la passe, sans grand voile, juste un petit bout de génois pour filer à 3 nœuds pas plus et se freiner vite dans l’éventualité de je ne sais pas moi, d’un haut fond ou d’un brisant plus fourbes que les autres! C’est que ce mot « brisant » fait frissonner quand on n’a jamais franchi une passe ! Donc pleins de courage (lâcheté) nous avons laissé passer La Belle Verte devant, honte à nous. La manœuvre consistait à longer la plage et le village de Djifer à moins de 50 mètres, puis dès que les vaguelettes déferlent sur la droite il faut carrément s’approcher de la plage, contourner la pointe, regarder le sondeur descendre à 5 mètres, puis 4 puis 3 et …. Euh….. allez, allez sondeur s’il te plaît…. Oui, ouf 4 mètres, 7, 11 mètres, yes !!! Nous sommes dans le Saloum. 


Un vaste estuaire que celui du Saloum. Quelques centaines de mètres de large, de part et d’autre un paysage plat, une mangrove basse en liseré, un ciel toujours bleu mais voilé d’une sorte de nébulosité rendant l’atmosphère évanescente au crépuscule… un peu comme les images que l’on se fait tous de l’Afrique après avoir vu « Out of Africa ».  

 

L’érosion grandissante des terres face à l’océan 

Ce premier soir nous avons mouillé au nord de Djifer. Ce petit village il y a peu encore se situait bien plus au sud, mais le Saloum s’engouffrant dans la passe, la grignote chaque année, l’élargie, si bien que les villageois démontent leurs maisons à mesure que s’érode la pointe, pour les reconstruire finalement un peu plus loin, Sisyphe n’est pas loin !

Comme nous avions rendez-vous à l’Aire Marine Protégée (AMP) communautaire de Bamboung située plus au sud sur un deuxième fleuve, le Diomboss, il nous fallait avancer. Le lendemain on pouvait voir sur le Saloum filer au prés deux petits bateaux, l’un jaune l’autre vert, et des équipages joyeux en train de se gaver de crevettes au Saté achetées à Djifer.  Le plaisir de tracer sur un plan d’eau parfaitement plat avec bonne brise rappela à notre bon souvenir  la dernière fois que nous avions navigué sur un fleuve, c’était il y a trois ans déjà sur la Vilaine en Bretagne.


Il faut imaginer le delta du Sine Saloum comme un immense paysage de terre et d’eau où les trois fleuves Saloum, Diomboss et Bandiala se rejoignent de toute part par un réseau labyrinthique de canaux, de ruisseaux grands ou minuscules, que l’on appelle ici des « bolongs » c’est-à-dire des marigots. Certains sont navigables, d’autres non. La mangrove alterne parfois avec des tannes asséchées ou de la « terre ferme » parsemée de baobabs et d’une végétation parfois boisée, parfois constituée d’herbes hautes et séchées donnant des allures de savane dans laquelle on s’attend à voir débarquer un lion, un phacochère et une sorte de mulot dressé sur ses pattes arrières. 

Naviguer dans les méandres des bolongs, attention aux échouages

Pour rejoindre le Diomboss depuis le Saloum nous allions emprunter un bolong, le Sangako, sur une quinzaine de milles, et il nous paraissait préférable de nous y aventurer dès le soir venu afin d’y passer la nuit au calme. Bon, l’entrée était un peu délicate d’après les instructions nautiques puisque deux bancs de sable en obstruaient le passage… bancs qui ont tendance à bouger d’une année sur l’autre du fait des courants. Brefs, nous y sommes rentrés les fesses serrées, les yeux scotchés au sondeur qui afficha quelques secondes durant un fâcheux « 1,1 mètres » (nous touchons à 1 mètre) nous faisant monter le palpitant à 120 pulsations/minute. Les beaux-verdiens se sont croutés misérablement gniarck gniarck…. Je me permets quelques railleries puisque par la suite nous fûmes les illustres auteurs du plus ridicule des échouages de l’histoire du Saloum, voir de la côte ouest africaine !!!  Mais ne nous avançons pas trop. Donc une fois que la Belle Verte se sortit de cette mauvaise passe et c’est le cas de le dire, nous pûmes jeter l’ancre et entamer une bonne soirée après une si parfaite journée… enfin, une bonne soirée pour nous puisque les beaux-verdiens étaient blêmes sous le coup d’un choc post-traumatique cuisant et d’une honte sans nom leur paralysant les cordes vocales (je me fais l’effet d’un pitbull accroché sur sa proie avec de tels persiflages!).

 

Le Saloum, un havre de paix

Les mouillages dans le Saloum sont plus paisibles que jamais : seuls au milieu de la nature, des oiseaux partout, perruches, échassiers, pélicans, rapaces, des sauts de poissons  « en veux tu en voilà » surtout dans ces heures « entre chien et loup » particulièrement empruntes de quiétude. Nous avions coutume dès l’ancre posée d’aller chercher des coques affleurant sur les bancs de sable, ou plusieurs douzaines d’huîtres accrochées aux racines de palétuviers et dévorées à l’apéro puis cuisinées aux petits oignons, beurre, crème fraîche ! Un régale pour les papilles comblant nos élans nostalgiques pour les huîtres de Bretagne et de Marennes ! Le mieux à mon goût dans ce décor, c’est que l’on peut jeter l’ancre absolument quand bon nous semble, et même en plein milieu des bolongs puisqu’il y a vraiment très peu de pirogues et encore moins de voiliers. Nous avons ainsi navigué avec un simple bout de génois, vent arrière, des journées durant sans croiser âme qui vive et « tiens, ça vous dit de mouiller ici, il y a une petite plage et des huîtres ? », « avec plaisir, on vous invite ce soir !!! ».


Nous avons poursuivi ainsi nos pérégrinations le long du Sangako après trois autres échouages de La Belle Verte (pfffff, je sais ceci est une parfaite démonstration de délation malveillante et non justifiée puisqu’on adore Stéph et Blandine, mais je prépare le terrain pour notre propre épisode de solitude).

 

Kaneka-sur-la-plage-de-Corrosso

Entrée dans l’aire marine protégée communautaire du bamboung


Après quatre ou cinq jours, des mouillages à couple dans des coins plus calmes et reculés les uns que les autres et quelques centaines d’huîtres dans nos estomacs, nous sommes finalement parvenus au bolong du Bamboung qui constitue la première AMP protégée du Sénégal. A l’entrée du Bolong, interdit à la navigation, à la pêche, à la cueillette et au ramassage de coquillages, nous avons fait la connaissance des deux surveillants de la zone qui sont venus nous accoster en pirogues et à qui nous avons expliqué que nous étions attendus au campement éco-touristique. C’était un sentiment assez exaltant de remonter un bolong aussi préservé : en premier lieu parce qu’on se prenait volontiers pour des aventuriers remontant un fleuve obscur de Papouasie Nouvelle-Guinée sans cartes marines (j’avais toujours la musique d’Indiana Johns dans la tête), et puis surtout parce que la nature préservée ici devenait un refuge pour les animaux du secteur et explosait plus encore que les jours précédents… les perruches vertes vives ainsi que ces petits perroquets jaunes et verts appelés ici « youyou » entamaient des chants stridents, les pélicans se doraient par dizaines sur les bancs de sable découvrant alors que les poissons sautaient sans relâche à la nuit tombée.    


Les quelques jours passés à Bamboung, (outre les aspects très intéressants d’une AMP qui constitue un bel exemple de ce que l’engagement de personnes et de villages déterminés peut donner, cf article L’aire marine protégée du bamboung, un exemple réussi de gestion communautaire ), furent parmi les plus chaleureux depuis le début de notre voyage du fait de l’incroyable accueil que nous ont réservé les amis de cet éco-village… les ballades, les discussions, les repas partagés et la grande fête organisée sur la Belle Verte et Kaneka mis à couple puis transformés le temps d’une nuit en une piste de danse flottante : tous ces instants nous ont donné le sentiment de vraies rencontres.

Bamboung-soirée-saloum-siné saloum-voyage-voilier
Couché de soleil depuis le resto du bamboung

 

Mais bon, le retour en France approchait tout de même et il nous fallait poursuivre vers la Casamance. Nous avons donc remonté le Bamboung en sens inverse, puis le Diomboss pour finalement descendre le Bandiala. 

 

Les dangers de la navigation dans le delta : les bancs de sables!


Sur la route à Toubacouta, nous avons retrouvé deux membres de l’AMP qui attendaient la pirogue du soir pour retourner au village de Sipo quelques miles plus loin, juste sous l’éco-village. Comme la pirogue ne semblait pas venir et que le soleil descendait sur l’horizon, nous leur avons proposé de les amener, eux et quelques villageois de Sipo. C’est là que s’est déroulé l’échouage le plus ridicule, et c’est là aussi que je stoppe mes moqueries sur La Belle Verte. Dans un état d’euphorie à l’idée de cette escapade improvisée, nous sommes partis à la va-vite, plein de confiance et d’orgueil, invulnérables et superbes sur notre vaisseau jaune comme le soleil. Soleil qui nous aveuglait quelque peu… sans regarder notre cap nous avons foncé, le moteur plein tube, à la perpendiculaire dans le banc de sable le plus visible et le plus affleurant qui soit. Nos deux passagères nous regardèrent comme si nous étions des demeurés et on ne peut pas leur en vouloir, surtout quand on voit le mal que nous avons eu à nous dépêtrer de là ! Ancre, cordages, marche arrière, la Belle Verte nous tractant et Stan dans l’eau jusqu’aux cuisses mais ayant pied à l’avant du bateau, à le pousser de droite et de gauche pendant que, honteux, nous subissions les  rires à gorge déployée des beaux-verdiens tordus en deux, et le regard perplexes de nos invités. Bref, quelques minutes plus tard nous étions repartis, mais dès lors il nous fut impossible de toucher la barre dont s’était emparée l’une des passagères qui connaissait bien le fleuve pour l’avoir pratiqué depuis sa tendre enfance. Arrivé à proximité de Sipo je souhaitais néanmoins reprendre la barre pour jeter l’ancre.  

–          « nan nan, je peux la garder » me répondit-elle

–          « non, tu sais c’est bon je peux la prendre, pas de problème » lui rétorquais-je alors

–          « non je peux la garder, c’est bon » tenait-elle 

–          « Je crois que je vais reprendre la barre si tu veux bien » bredouillais-je

–          « non non c’est bon »… je crois que la pauvre femme était terrorisée à l’idée de ne plus maîtriser la situation, à moins qu’elle ne chercha qu’une solution pour ne pas passer la nuit sur un nouveau de sable!!!

Bref, à force de persévérance, nous avons pu la convaincre de lâcher la barre et de serrer les fesses pour le dernier virage qui passa comme une lettre à la Poste et nous permis de profiter du coucher de soleil sur Sipo et d’un bon poulet Yassa chez la passagère qui finalement n’était pas rancunière, pas plus que les beaux-verdiens n’étaient moqueurs.

Nous avons poursuivi nos tâtonnements dans le Bandiala les deux jours qui suivirent pour enfin retrouver la mer, ses vagues, son vent, ses pirogues nocturnes et les filets qui se prennent dans la quille, son plancton phosphorescent, et l’approche des côtes, en l’occurrence celles qui bordent un autre fleuve, la Casamance, notre dernière étape. 

Retrouvez toutes les étapes de leurs aventures sur le blog « uneiledeuxportraits »

 

 

 

 

 

Une réponse

  1. […] découvrir en famille car les activités y sont nombreuses et variées. Vous pouvez y faire de la voile aux abords de Foundiougne, de l’ulm vers Palmarin, de la pêche sportives aux estuaires, des bivouacs en pleine brousse […]

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