Ndoumboudj : Quand la prophétie d’Arfang Bakary Seydi se réalise

Ndoumboudj : Quand la prophétie d’Arfang Bakary Seydi se réalise

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Derrière Toubacouta, sur la transgambienne, se trouve, à quatre kilomètres, le village de Ndoumboudj, niché au milieu des manguiers. Jadis un no man’s land, la localité créée en 1938 par Arfang Bakary Seydi est devenue un véritable grenier agricole. Ici, les champs de mil, de maïs, de sorgho, de pastèque, d’arachide et d’anacarde s’étalent à perte de vue.

Lorsqu’Arfang Bakary Seydi, parti de son village d’origine Dassélamé sérère, créa le village en 1938, Ndoumboudj n’était qu’une forêt d’arbres touffus, un repaire de fauves, un no man’s land. Convaincu que « seul le travail paie », il s’est vite mis à la tâche avec ses neveux, labourant la terre en infatigables paysans et plantant par-ci et par-là des arbres fruitiers.

« Tôt ou tard, on parlera de cette localité ».

Telle fut sa prophétie selon son petit-fils Sitapha Seydi et actuel chef du village, qui s’est aujourd’hui réalisée.

Le village, situé à quatre kilomètres de Toubacouta, à une dizaine de kilomètres du poste frontalier de Karang, est devenu un véritable grenier agricole.

« Nous avons la chance d’avoir des terres très fertiles, de l’eau douce et une nappe phréatique peu profonde. Il suffit de creuser un à deux mètres pour avoir de l’eau »,

Explique Barro, un jeune transporteur du village.

Dans la brousse verdoyante, les champs d’arachide, de mil, de maïs, de sorgho, de pastèques, d’anacarde, etc., s’étalent à perte de vue.

« On cultive tout, tout. Ici, le sol est propice à toute sorte de culture »,

ajoute Barro qui révèle que beaucoup de familles disposent de puits pour s’adonner au maraîchage. Ce jeudi, comme tous les jours, les femmes vendeuses ont très tôt pris d’assaut la cour du village, au pied des manguiers. Sur leurs étals, se trouvent du manioc, des carottes, des pommes de terre ; bref un large éventail de légumes.

« Le maraîchage est une activité très développée à Ndoumboudj. Moi-même, j’ai un jardin dans la brousse. A Ndoumboudj, il y a beaucoup de choses à faire notamment dans l’agriculture. Une femme qui n’est pas paresseuse peut bien s’y faire de bonnes affaires »,

Relève Ndèye Sarr, une quinquagénaire du village. Elle raconte que son mari fait partie des grands producteurs agricoles de la zone. Le concerné, un enseignant, a été affecté à Ndoumboudj, il y a plus de trente ans. Une fois sur place, il a pris goût à la vie du village et y est resté depuis lors. Comme le fondateur du village Arfang Bakary Seydi, M. Diop s’est battu comme un beau diable pour devenir aujourd’hui un grand exportateur d’anacarde et de mangue. « Au tout début, quand il coupait les bois pour avoir des terres où cultiver, ce n’était pas facile. J’avais parfois de la pitié pour lui. Mais il me disait tout le temps, ça va marcher et tu verras», se souvient Mme Diop.Selon le chef du village, Sitapha Seydi, beaucoup de cadres de Toubacouta ont des maisons voire des terres à Ndoumboudj.

«Ndoumboudj a beaucoup d’avantages comparé à Toubacouta. Nous avons une terre fertile et généreuse et de l’eau douce. D’ailleurs, c’est nous qui les ravitaillons en eau potable. Ils veulent aussi profiter certainement de ces opportunités qu’offre l’agriculture»,

Se convainc Sitapha Seydi.Il dit avoir constaté une véritable ruée des gens vers Ndoumboudj, sans doute à la recherche de l’Eldorado et d’une vie meilleure. Aujourd’hui, le village compte environ 300 âmes. Parallèlement, les besoins et les problèmes des populations se multiplient. Parmi leurs doléances, figurent en priorité l’éclairage public et l’octroi d’une ambulance, du matériel et de médicaments suffisants pour le poste de santé du village. « Il y a eu récemment une rupture de stock pour les médicaments et les populations en ont souffert », déplore le jeune Seydi. A l’image de Toubacouta et de beaucoup de localités du Niombato, le brassage culturel est une réalité à Ndoumboudj. Ici, Socés et Sérères cohabitent dans une parfaite harmonie. Le chef du village Sitapha Seydi lui-même ne parle pas sa langue, le socé, mais le sérère. Depuis sa fondation, Ndoumboudj a connu trois chefs de village, à savoir Arfang Bacary Seydi, Bassirou Seydi et Sitapha Seydi. Le premier a régné de 1938 à 1975, date de son décès. Son successeur, son fils Bassirou Seydi, a eu les rênes du village pendant 33 ans avant de passer le relais à son fils Sitapha Seydi. Ce dernier est chef du village depuis 2008.

Seydou KA, Diégane SARR (texte) et Habib Dioum (photo)

Source : Ballade dans le delta du Saloum : Ndoumboudj : Quand la prophétie d’Arfang Bakary Seydi se réalise

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