Immersion dans l’aire marine protégée du Bamboung

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La conservation et le respect de l’environnement naturel. C’est autour de cela que travaillent, depuis 2002, les populations de Dassilamé et de 13 autres villages de la commune rurale de Toubacouta.

Dans cette aire marine protégée communautaire (Ampc) du Bamboung, elles œuvrent à assurer durablement une régénération des ressources halieutiques locales et à développer l’écotourisme qui est un voyage-découvertes centré sur les milieux naturels où l’on veille scrupuleusement à la préservation des écosystèmes.

Dans le Bamboung, le bien-être des populations et la lutte contre la pauvreté sont des aspects primordiaux s’insérant dans le concept d’écotourisme. Ici, les acteurs lient étroitement protection de l’environnement et lutte contre la pauvreté par le développement économique. C’est pourquoi les populations locales, directement impliquées et intégrées dans cette activité qui génère des revenus et des emplois sur place, s’investissent pleinement, depuis 2002, pour que leur zone soit à la pointe de l’excellence environnementale.

President du comité de gestion de l’Ampc du Bamboung, Mamadou Bakhoum et quelques autres associés ont réussi à sensibiliser et à faire adhérer au projet les habitants des villages concernés.

bamboung_2Un mirador est planté, des balises posées et la pêche interdite dans la totalité du bras de mer, soit 16 kilomètres, pour permettre la régénération de l’écosystème. C’est ainsi que 7.000 hectares de zone naturelle sont mis en conservation. Le bolong du Bamboung, dans le delta du Saloum, est constitué d’une grande diversité d’habitats (zones sableuses, graveleuses, mangroves, tannes, herbiers, petits bolongs, fosses, hauts fonds, etc.) dont le niveau de salinité varie au fil des saisons. L’eau du bolong est en permanence légèrement sur salée par rapport à la mer. Cette diversité d’habitats et la variabilité au fil des saisons de leurs caractéristiques physico-chimiques et microclimatiques favorisent la présence d’une grande diversité d’espèces de faune et de flore.

Malgré ses énormes potentialités, la zone est restée longtemps vulnérable en raison divers facteurs naturels (sécheresses) et anthropiques (coupe abusive de bois et braconnage). « Une tendance régressive était signalée », rappelle Mamadou Bakhoum qui fait cas de « perte de la diversité floristique, fragmentation des écosystèmes, dégradation des habitats, etc. ». Face à une fragilisation progressive de ses écosystèmes par des facteurs naturels et anthropiques, mais aussi par une approche étatique de protection des ressources inadaptée, les acteurs du Bamboung, appuyés par des partenaires techniques, ont décidé d’agir par et pour eux-mêmes.

Aussi, avant de passer à la création de cette aire marine protégée communautaire du Bamboung, ils avaient vu les effets négatifs de la pêche côtière décuplés par le développement de la pêche artisanale motorisée, une réduction des effectifs et de la densité moyenne des populations de poissons, une fragmentation des zones d’abondance, un anéantissement des classes d’individus âgés et de grande taille, la sur salinité et la coupe de la mangrove de palétuviers…

Impact écologique

bamboung_4En faisant comprendre aux populations des villages de Sandi Coly, Sangako, Toubacouta, Soucouta, Médina, Bany, Sourou, Dassilamé, Némabah, Missirah, Betenti, Bossinkang, Sipo et Diogaye que « la mangrove de palétuviers du Bamboung est un trésor de vie et un habitat précieux à la biodiversité », les animateurs de cette aire marine protégée communautaire et les partenaires techniques ont appelé à sa restauration et à sa sauvegarde pour arrêter la paupérisation du pêcheur découlant principalement de la surpêche, un des plus importants facteurs de dégradation de cette partie du delta du Saloum. Les villageois dont les moyens de subsistance proviennent de la pêche des récoltes de miel, des coquillages et autres richesses naturelles de la zone décident de prendre leur destin en main.

Le sacrifice est énorme. Il commence véritablement en 2004, avec l’interdiction de pêcher pour assurer la reproduction de la ressource et le reboisement de millions de palétuviers pendant ces dernières années.

Toutes choses ayant installé un climat d´optimisme vis-à-vis du futur et fait de la protection de l´écosystème une réalité pour leur valeur environnementale et leur fonction dans la protection naturelle des zones agricoles côtières contre la salinisation. Des éco gardes volontaires se déploient dans l’Ampc et empêchent toute action de braconnage dans la zone de protection.

A la création de l’Ampc du Bamboung, de nombreuses voix s’étaient élevées pour dénoncer la mesure interdisant la pêche, principale source de revenus pour la population locale. Aujourd´hui, le retour des ressources halieutiques dans l’aire marine protégée communautaire du Bamboung enrichit les zones de pêches périphériques, par un phénomène de débordement, et permet ainsi aux pêcheurs d’augmenter leurs prises et donc, leurs revenus. En plus des espèces locales de poissons qui commençaient à se raréfier et qui se sont régénérées (capitaine, barracuda, carpe rouge, mérou doré, etc.), il y a des lamantins et des tortues marines.

Pour sa part, le milieu ornithologique est riche de ses nombreux oiseaux nicheurs : flamant nain, pélican gris, héron goliath, goéland railleur, mouette à tête grise, sternes royale et caspienne, aigrette dimorphe, barge à queue noire, avocette. Ailleurs dans l’Ampc, il y a des phacochères, guibs harnachés, hyènes tachetées, servals, singes verts, etc. La protection de cet écosystème, à la fois riche et fragile du fait de sa grande sensibilité aux activités de l´homme et aux effets du changement climatique, a porté ses fruits.

Ecotourisme : Dans le cadre enchanteur de Keur Bamboung

bamboung_3Dans cet espace protégé, a été installé le campement communautaire de Keur Bamboung géré par des natifs des 14 villages situés à l´intérieur de l’Ampc.

Ici, l’on développe l’écotourisme ou tourisme durable centré sur les milieux naturels et proposant aux intéressés de voyager de façon responsable, en découvrant et en étant en contact avec la nature, ainsi qu’en veillant à la préservation des écosystèmes.

« Les éco guides, qui font découvrir aux touristes la richesse de la biodiversité de la flore et de la faune marine que renferme la réserve, sont des fils de nos terroirs », fait savoir Elhadj Amadou Ndao, gérant du campement communautaire Keur Bamboung.

Neuf (9) cases en terre crue, en paille et en bois, selon les techniques locales, accueillent les voyageurs. Elhadj Amadou Ndao nous explique « le fonctionnement de l’aire marine de Bamboung qui associe protection par les villageois et revenus de substitution par le tourisme ». Selon lui, l’aire marine protégée communautaire fait travailler, à Keur Bamboung, une vingtaine de personnes et contribue à faire vivre plusieurs villages par la confection de confitures, la vente d’huîtres, l’écoulement de produits horticoles, etc.

En promouvant un tourisme hautement respectueux de la nature et des communautés, Keur Bamboung gère la fréquentation de façon adéquate ; ce qui attire des touristes désireux de s’intégrer dans cet environnement ou l’on s’éclaire au solaire, utilise l´eau du puits, circule à pied ou en voiture hippomobile. Du seuil d’une case, l’on découvre le majestueux panorama que nous délivre Keur Bamboung, une vue sans fin sur le fleuve, la mangrove et ses palétuviers. « Les touristes, subjugués par la beauté du paysage et la sérénité qui s’en dégage, séduits par l’isolement, la gentillesse et la gaieté du personnel, reviennent souvent sur les lieux », se félicite Elhadj Amadou Ndao.

Sidy DIOP, Cheikh Aliou AMATH (textes) et Abib DIOUM (photos)

Source : le Soleil.sn

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