3 question à Jean Goepp, (ex) coordinateur de projets de l’Océanium

3 question à Jean Goepp, (ex) coordinateur de projets de l’Océanium

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A quoi sert la mangrove?

La mangrove offre aux populations des ressources essentielles, comme le poisson, unique source de protéine animale pour les sénégalais : sur notre littoral, elle abrite près de 130 espèces de poisson. Elle freine la remontée du sel, et protège les zones de rizière des eaux salées de l’océan. Au Sénégal, l’alimentation de base, la plat national, c’est le thiep bou dien, à base de riz et de poisson. Sans mangrove, plus de poissons, plus de rizières!

Stocker le carbone grâce à la mangrove

On sait aujourd’hui qu’il faut stocker le carbone pour limiter le réchauffement climatique. La mangrove est un écosystème exceptionnel en termes de quantité de carbone stocké. Et le palétuvier à l’immense qualité de stocker le carbone dans une forêt qui ne brule jamais, une forêt de zone humide. Le premier ravageur de nos forêts, c’est le feu : chaque année, il y a entre 1500 et 2000 feux de brousse au Sénégal.
Quand on stock du carbone dans une forêt continentale, et que cette forêt est prise par le feu, tout le carbone repart dans l’atmosphère : l’action de plantation est nulle, le bilan carbone est nul!
En restaurant la mangrove, on a la garantie de reboiser une forêt qui ne brulera pas.
Restaurer l’écosystème de mangrove au Sénégal, c’est à l’échelle locale, régénérer les ressources naturelles, permettre aux sénégalais d’assurer une autosuffisance alimentaire, et, à l’échelle mondiale, lutter contre le réchauffement climatique.
62 millions d’arbres, c’est le plus grand reboisement au monde, comment parvenez-vous à ce résultat en 4 mois de campagne?
Wangari Maathai, prix Nobel de la Paix, a planté un million d’arbre en dix ans. Son action est exemplaire. Mais elle plante des arbres forestiers : elle a du mettre en place des pépinières, faire des semis, étudier les essences compatibles entre elles, protéger les plants,…
Cela nécessite des moyens humains et financiers considérables. Planter des palétuviers, c’est beaucoup moins complexe et moins couteux. La descendance du Rhizophora est une plantule, une graine qui a déjà germé. En quelques heures on peut planter des milliers de palétuviers. Les palétuviers ont peu de prédateurs. Le bétail, mené en transhumance par les éleveurs peuls, est, après le feu de brousse, le deuxième ravageur de nos forêts. Les vaches, les chèvres et les moutons, qui se nourrissent des jeunes arbres, ne peuvent accéder à la mangrove, qui se développe sur un substrat vaseux. Et nous n’avons pas à arroser les plants, ils sont immergés à chaque marée haute!
Quelle est votre plus grande réussite?
Notre plus grande réussite, c’est la mobilisation des populations! On a commencé à planter avec une centaine de villageois. Quatre ans plus tard, cent mille personnes participent au reboisement : c’est plus de la moitié des populations qui vivent dans les régions de mangroves!
Si les gens se mobilisent, c’est parce que nous avons des résultats concrets: sur des zones dégradées, que nous avons reboisées depuis 2006, la mangrove se développe à nouveau. Dans le passé, les vieux disaient « on peut planter un champ d’arachide, on peut planter du coton, mais la mangrove, ça ne se plante pas! » Les jeunes ont planté, les palétuviers ont poussé, et aujourd’hui les vieux sont là, et participent.
Interview réalisé par l’équipe d’Insolites Bâtisseurs qui a participé au financement de cet incroyable projet de reboisement de la mangrove.
Fondation Insolites Bâtisseurs
30 rue Saint Augustin
75002 Paris
tel : +335(0)1 42 86 16 91
Jean Goepp a depuis peu créé une nouvelle structure, Nébéday, qui en plus de travailler sur la protection de l’environemment multiplie les initiatives en faveur de la valorisation des ressources naturelles. Retrouvez Jean Goepp sur le blog de l’association Nébéday

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